L’arbre réservoir de vie

Champs labouré au Tholonet avec allée de platane en premier plan. - © Grand Site Sainte-Victoire Véronique PAUL

Préserver le patrimoine végétal est une mission du Grand Site. Et protéger les arbres repères, les arbres nichoirs, ceux qui sont monumentaux…, nécessite d’en faire un suivi. C’est l’objectif des inventaires des arbres remarquables et des arbres sénescents réalisés par le Grand Site. Ces listes ne sont pas closes et nous faisons appel à vos observations.

Xavier Nicolle, responsable du groupe de surveillance et d’accueil du Grand Site, nous parle de sa passion des arbres.

 Parler de l’arbre est-il différent de parler de la forêt ?

 Je ne peux pas parler de l’arbre sans évoquer la forêt. Considérer l’arbre c’est regarder un individu. Solitaire ou  appartenant à cette société végétale qu’est la forêt.  La forêt est un ensemble d’arbres, un milieu vivant complexe. C’est un habitat  où les choses se passent au vertical entre la strate herbacée, la strate arbustive et la strate arborée.

Elle a une alchimie propre : les sols, le relief, l’ensoleillement, la pluviosité ou les vents influenceront chacun pour leur part son identité et la vie végétale et animale qui s’y installe.  

Quant à l’arbre, je le qualifierai volontiers d’HLM, Habitat à Locataires Multiples.  

L’arbre est un être bien hospitalier alors ?

Des racines jusqu’au houppier en passant par le tronc, à tous les étages il se passe quelque chose ! Parmi ses hôtes, les uns l’habiteront, les autres s’en nourriront, d’autres les deux.

Dans les parties supérieures, ceux qui ont besoin de dominer comme le Circaète Jean le Blanc qui aime bâtir son nid dans les frondaisons des grands pins pour pouvoir atterrir et décoller sans gêne, et ceux qui se protègent. L’écureuil, vulnérable, en fait partie.

Le cas du Pic vert est un peu différent. Lui, loge dans un trou qu’il perce en haut du tronc et se nourrit de larves dissimulées sous l’écorce. Mais c’est surtout un architecte. Il occupera son nid une seule année et au printemps suivant l’appartement vacant sera occupé par un Hibou petit Duc, un loir, un lérot voire des chauves souris ou toutes sortes de passereaux qui le réaménageront selon leur gré. Par exemple la Sitelle torche-pot trouve trop grand le trou du pic vert ; alors elle le maçonne avec de la boue pour le réduire!

 

Les arbres offrent ils tous autant de potentiel ?

Non et ce n’est pas seulement une question d’espèce. La maturité et les conditions dans lesquelles ils poussent sont déterminantes et leurs difformités deviennent des atouts. Par exemple, au fond d’un trou causé par une branche cassée, on trouvera une sorte de terreau qui n’est autre que les excréments des insectes qui ont mangé le bois. Dans cette litière se reproduiront des scarabées dont certains sont protégés. C’est pour cela qu’on s’intéresse aux arbres sénescents* ou morts.

Un arbre recouvert de lierre n’est pas étouffé, il n’est pas en danger. Et ce tapis constitué par les entrelacs des branches du lierre offre le gîte et le couvert à des passereaux, des petits mammifères et aux insectes butineurs. C’est ce qui est uniforme qui n’est pas favorable à la diversité de la vie.

Arbre sénescent (Agrandir l'image). Arbre sénescent. - © © Grand Site Sainte-Victoire Bruno Coulet

Arbre sénescent : La sénescence est le stade qui suit la maturité et précède la mort. Avec son bois mort et ses cavités, un arbre sénescent constitue un réservoir biologique extrêmement important. Le travail d’inventaire qui commence a permis d’en repérer 70, mais sur les 35 000 hectares du Grand Site  le potentiel pourrait être de plusieurs centaines.

 

 Respecter les vieux arbres

L’arbre âgé est un réservoir de vie pour de très nombreuses espèces animales et de champignons. Près de la moitié des espèces d’un écosystème forestier peut se concentrer dans un seul arbre très âgé .Même en milieu urbain,  ou dans son jardin, il est important de respecter de vieux arbres, de conserver le bois mort sur l’arbre et au sol.
Les arbres citadins ne sont cependant pas l’équivalent biologique d’un vieil arbre de forêt car ils sont souvent isolés les uns des autres sans espace forestier entre eux. Le gestionnaire et les propriétaires forestiers du 21ème siècle doivent aujourd’hui tout faire pour améliorer le fonctionnement de l’écosystème forestier, revenir sur des siècles d’une exploitation exagérée et y favoriser la présence de vieux arbres dédiés à la nature et au paysage.
Emmanuel Cosson, spécialiste en biologie animale, Directeur du Groupe des chiroptères de Provence

 

 Une rencontre émotionnelle entre l’homme et l’arbre

Un arbre devient remarquable du fait de son espèce, ses dimensions, sa position, son implantation, sa forme, son âge ou sa charge symbolique. Parfois aussi par ses fonctions, comme les arbres limites de communes ou la plantation en alignement. 
Laurence Chaber, ethnobotaniste chargée d'étude de l'association EPI qui valide l’inventaire des arbres remarquables du Grand Site explique qu’«au-delà des critères scientifiques, ou à travers eux, c’est la rencontre même de l’homme et de l’arbre qui est au cœur de ce travail d’inventaire. Certains sont des marqueurs du paysage : alignement, borne, limite de propriété, d’autres ont un rôle culturel : l’arbre a donné son nom au quartier, au lieu-dit ; on l’appelle le pin d’untel, d’un saint ; il est associé à une fête, à une procession ; c’est un lieu de rassemblement, il a été célébré par un artiste, etc. Cette rencontre émotionnelle explique souvent que les habitants d’un lieu ont, au fil des siècles, respecté et préservé un arbre, témoin de leur passé et compagnon de leur vie. »
Sur le Grand Site, 10  arbres sont identifiés comme très exceptionnels, 42 sont  très remarquables, et 60 sont des arbres remarquables à suivre.

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